Entretien avec le Dr Nicolas Zwillinger

Entretien Dr Nicolas Zwillinger
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Entretien avec le Dr Nicolas Zwillinger

Le Docteur Zwillinger, grand spécialiste français du lipœdème, nous dévoile son parcours et les raisons qui l’ont poussé à s’intéresser à cette maladie encore méconnue.

Bonjour, pourriez-vous nous expliquer en quoi consiste votre métier ?

C’est un métier qui peut changer tous les jours, mais dont la spécificité reste la technicité. On propose des solutions chirurgicales à des soucis esthétiques ou liés à des malformations. Il n’y a pas de « règle » : que ces défauts soient visibles ou peu visibles, ce qui compte, c’est qu’ils donnent des complexes aux patients.

Ces défauts peuvent donc être hors normes (asymétries, hypertrophies, pertes, excès) ou poser souci, même s’ils ne sont pas anormaux, car ils ne rentrent pas dans le cadre esthétique des patientes – dans leurs critères de beauté.
J’ai tendance à voir mon métier comme celui d’un réparateur corporel : quand des personnes souffrent vis-à-vis de leur apparence, et qu’elles ont besoin d’aide, elles font appel à moi pour changer des aspects de leur corps – un peu comme des pièces de voiture, si je puis me permettre l’expression.

C’est donc avant tout un métier très manuel – en fait, plus technique que scientifique. C’est la raison pour laquelle il est important d’être à la pointe des dernières innovations.

Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir chirurgien ?

Ce qui a vraiment déclenché mon attrait pour le métier, c’était quand j’ai vu un documentaire qui retraçait le quotidien de chirurgiens. Je devais avoir 8 ans. J’ai eu un vrai coup de foudre.

Je me rappelle m’être dit que c’était incroyable de travailler sur de la matière vivante, de découvrir l’aspect caché du corps humain. C’était un autre monde qui s’ouvrait à moi : je me suis senti comme Alice au pays des merveilles.

Ce travail sur le corps entraînait une autre question éminemment mystérieuse : qu’est-ce que la vie, exactement ?

Pour moi, comprendre le mécanisme du corps (encore une fois, un peu comme une voiture !), c’est déjà apporter une première réponse à cette question.

Et bien évidemment, il y a l’aspect de réparation derrière : ce n’est pas une découverte du corps humain neutre : c’est un acte qui va réparer le corps, et qui va donc être extrêmement bénéfique.

J’adorais aussi jouer au Docteur Maboul, peut-être que tout vient de là !

Quel cursus avez-vous suivi pour devenir chirurgien ?

J’ai commencé mes études en fac de médecine, entre 1992 et 1994. Je me suis orienté, après ces premières années, en prépa Sciences Politiques, un autre domaine qui m’attirait beaucoup – et qui me semblait moins théorique et froid que la médecine. Finalement, ça m’a manqué et j’y suis rapidement retourné.

J’ai fait 6 ans de médecine – mais dans le but de devenir chirurgien, avec encore 6 ans d’études nécessaires pour me spécialiser. Comme j’avais plutôt bien réussi mes examens en internat, j’ai pu rester à Paris et opérer dans les services chirurgicaux.

Pourquoi avoir choisi une spécialisation dans le traitement du lipœdème ?

Ce que je voulais faire initialement, c’était aider les gens à dépasser leurs complexes. J’ai vite été intéressé par le tissu graisseux. À l’époque, on parlait de transfert graisseux – ce qu’on appelle le lipofilling. Cela m’a amené à travailler sur les cellules souches : les cellules graisseuses ont ça de fascinant qu’elles peuvent produire différents types de croissance. Elles peuvent aider à réparer le corps. Dis simplement, des cellules graisseuses, ce sont des mini-chirurgiens.

J’ai alors acquis un BodyJet en 2012 : c’est une machine incroyable qui permet de transférer la graisse de manière parfaitement sécurisée. C’est en fait très utile pour le traitement du lipœdème. Peu à peu, des patients sont venus vers moi avec cette problématique, en sachant que je disposais de cette expertise.

J’ai donc commencé à beaucoup travailler sur la Liposuccion WAL, qui est à la fois très esthétique et fonctionnelle. Ce qui m’a particulièrement enthousiasmé, c’est ce que c’est une chirurgie va au-delà des apparences et autres complexes « ordinaires ». C’est une chirurgie qui, en fait, peut faire baisser des souffrances physiques, ce qui est une nouveauté dans le genre.

Pouvez-vous nous parler de la technique liposuccion WAL, dont vous êtes le pionnier en France ?

Le terme signifie « Water Assisted Liposuccion ». Cela fonctionne un peu comme une méthode Karcher : comme si beaucoup d’eau allait nettoyer le mur sous l’effet de la pression. En fait, l’eau ici va être « injectée » dans la graisse « malade », et va la faire se déplacer avec la succion. C’est une méthode très efficace, mais encore peu utilisée en France. Peu de chirurgiens ont investi dans cette technologie.

Qu’est-ce qui vous passionne dans le métier de chirurgien ?

C’est une aventure, un challenge, qui implique beaucoup de remises en question, un apprentissage de tous les jours, et de constantes découvertes. On doit s’adapter à toutes sortes de nouvelles techniques.

Il y a aussi un aspect moins connu, celui du travail en équipe. On apprend tous les jours, au contact de ses collègues : il y a un aspect de travail collégial, où on s’inspire des autres.

Enfin, ce qui me motive aussi, c’est la concentration, la finesse, la précision que le travail demande. Je dois me surpasser, jour après jour.

Dr Nicolas Zwillinger Quels sont, selon vous, les inconvénients de ce métier ?

Eh bien, si je devais choisir un inconvénient : on ne peut pas être rancunier.
Ce que je veux dire par là, c’est que la chirurgie, ce sont des actes difficiles à pratiquer, des opérations longues et douloureuses. Elles sont stressantes : parfois il y a des anomalies, mais on ne peut bien entendu jamais abandonner. Il faut trouver une solution, quoi qu’il en coûte, et de suite.

Il faut être physiquement et mentalement fort pour ne pas craquer pendant ces opérations – qui sont pratiquées sur un être vivant qui nous fait confiance, ne l’oublions pas !

Dès lors, dès qu’on sort du bloc, il faut être capable d’oublier ces moments. On ne doit retenir que la satisfaction, le sens du devoir accompli, et être prêt à y retourner le lendemain. La pression, il faut complètement la gérer – il ne faut jamais qu’elle devienne nuisible pour le patient.

Que conseilleriez-vous à un étudiant souhaitant devenir chirurgien ?

Je lui conseillerais d’être sûr de pouvoir accepter les inconvénients cités ci-dessus. Il doit aussi accepter de travailler avec du sang – parce qu’il en verra beaucoup, et en aura parfois sur lui.
S’il sent que sa motivation est forte, qu’il a un désir de se mettre à l’épreuve tous les jours, alors il ne doit rien lâcher. Qu’il garde en tête l’objectif d’accomplir son devoir – c’est long, c’est fastidieux, mais c’est incroyablement gratifiant.

Et dans tous les cas, il faudra qu’il allie détermination, courage, et caractère. C’est ce qui l’aidera à être le plus efficace et sain possible dans son approche du travail.

Pour clôturer cette interview Dr Nicolas Zwillinger un mot pour la fin ?

Pour discuter de votre lipœdème ou de tout autre projet chirurgical, je vous invite à prendre rendez-vous

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